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Op-Eds

(08/08/2002 - Prestowitz) Pourquio l'Amerique n'ecoute-t-elle plus?

Pourquoi l'Amérique n'écoute-t-elle plus ?,
Clyde Prestowitz, President, Economic Strategy Institute
08 August 2002
Le Monde


"Du train où vont les choses, ce sera bientôt les Etats-Unis contre le reste du monde." Cette remarque d'un dirigeant politique à Kuala-Lumpur (Malaisie) est un des nombreux commentaires témoignant d'un fâcheux éloignement de l'Amérique que l'on m'a adressés lors d'une tournée dans quatorze capitales asiatiques, européennes et latino-américaines. Quel contraste avec le soutien que nous avions reçu de l'étranger immédiatement après le 11 septembre, quand le journal français Le Monde, antiaméricain à ses heures, exprimait le sentiment général en proclamant à la "une": "Nous sommes tous Américains !" Onze mois plus tard, la sympathie pour les victimes des attaques terroristes demeure inchangée, mais l'image des Etats-Unis s'est peu à peu ternie et le soutien à la politique américaine est en train de s'effondrer.

Alors que la plupart des observateurs étrangers expriment leur sympathie pour le peuple américain, ils ne sont pas mécontents que, pour une fois, les Etats-Unis comprennent ce que l'on ressent quand on est vulnérable. Ils comptent sur cette tragédie pour nous ramener à davantage d'humilité et tempérer notre arrogance sur des problèmes comme la conservation de l'énergie, le réchauffement de la planète ou la pauvreté dans le monde. A l'étranger, ils sont nombreux à être convaincus que l'Amérique veut contrôler leur avenir et que, malgré ses discours sur la démocratie, les droits de l'homme et le libre-échange, elle ne pense qu'à ses intérêts. A Séoul, on estime que l'hostilité des Etats-Unis envers la Corée du Nord sape les efforts du président Kim Dae-jung pour normaliser ses relations avec le Nord.

Plusieurs dirigeants sud-coréens de premier plan se sont plaints que Washington ne comprenne pas - ou ne veuille pas comprendre - que la Corée du Sud n'est pas en mesure de prendre la relève dans une Corée du Nord en pleine faillite. "Comment convaincre Washington que nous avons besoin d'une longue période de transition et que nous devons empêcher - et non précipiter - un effondrement du Nord ?", m'a demandé un influent négociateur coréen.

D'autres, en Asie, estiment que les Etats-Unis ont une vision trop étriquée de la Chine. La désignation de Pékin comme "concurrent stratégique plutôt que partenaire stratégique" et la déclaration du président affirmant que l'Amérique "fera ce qu'il faut" pour défendre Taïwan ont suscité en Chine déception et ressentiment. Ces proclamations sont inutilement hostiles. "Nous voulons vendre à l'Amérique, pas l'attaquer", m'a dit un haut fonctionnaire à Shanghaï. Quant à Taïwan, je n'ai pas rencontré une seule personne en Asie qui s'inquiète de la menace d'une invasion. D'après les Asiatiques, ce seraient plutôt les Taïwanais qui "envahiraient" le continent, où ils représentent les plus gros investisseurs et le contingent le plus important de résidents de l'extérieur. Selon la plupart des observateurs, seule une déclaration d'indépendance de Taïwan serait susceptible de déclencher une attaque, ce que, paradoxalement, la récente politique américaine semble encourager.

Au cours de mes six semaines de voyage, combien de fois n'ai-je pas entendu accuser les Etats-Unis de trahir les principes dont ils se réclament par des agissements cyniques motivés par leurs intérêts nationaux. Encore récemment, la Maison Blanche a reçu le premier ministre malaisien Mohamad Mahathir. Or, il y a quelques années, Washington réprimandait vertement Mahathir pour avoir imposé un contrôle du marché des capitaux pendant la crise financière de 1997, et pour atteinte aux droits de l'homme : son vice-premier ministre avait été jeté en prison au motif qu'il s'était livré à des pratiques homosexuelles. Aujourd'hui, l'ancien vice-premier ministre est toujours en prison et la réglementation du marché des capitaux n'est pas complètement levée, mais Mahathir est très apprécié à Washington parce qu'il est implacable avec les terroristes.

Dans l'opinion, l'arrogance et le double langage des Etats-Unis ont été confirmés par sa politique commerciale. Des générations de négociateurs américains ont martelé que le Japon, l'Union européenne et d'autres devaient réduire leurs subventions agricoles et ouvrir leur marché dans des secteurs politiquement sensibles (puces d'ordinateur, films, viande, riz...). Aujourd'hui que les Etats-Unis augmentent leurs propres subventions agricoles et restreignent l'importation de l'acier et du bois de construction en plaidant la nécessité politique, ces pays sont indignés.

Cependant, deux causes de désaffection pour l'Amérique se détachent nettement du lot : le conflit israélo-palestinien et l'unilatéralisme américain. Sur le Moyen-Orient, le fossé qui sépare l'Amérique de la quasi-totalité des autres pays ne saurait être plus profond. Les Américains ont tendance à considérer Israël comme un pays allié. Avec les événements du 11 septembre et les récents attentats-suicides, l'identification à Israël s'est renforcée. Mais les gens que j'ai rencontrés à l'étranger, même s'ils condamnent les attentats-suicides et plaignent les victimes israéliennes, n'oublient pas la situation désespérée des Palestiniens, victimes depuis quarante ans d'une occupation légalement contestable. Partout où je suis allé, les dirigeants m'ont fait remarquer qu'exiger un arrêt des violences palestiniennes sans mentionner le développement des colonies israéliennes est injuste et va à l'encontre des buts recherchés.

Les Etats-Unis traitent souvent le conflit israélo-palestinien comme un conflit local qui peut être "confiné" dans sa sphère géographique. Malheureusement, il s'étend. Dans des pays comme l'Indonésie et la Malaisie, les positions se radicalisent. Ces pays, importants sur le plan stratégique, sont traditionnellement partisans d'un islam modéré et n'ont aucun lien économique ou politique avec le Moyen-Orient. Cependant, le conflit israélo-palestinien revient dans toutes les conversations, et de nombreux amis de l'Amérique en sont venus à la conclusion que les Etats-Unis s'en prennent à l'islam. Mes objections - le conflit israélo-palestinien est une question de territoire, pas de religion, et il y a deux ans les Palestiniens ont rejeté l'offre de paix raisonnable du premier ministre de l'époque, Ehud Barak - ont été balayées.

La perception, à l'étranger, d'un nouvel unilatéralisme américain représente un danger encore plus sérieux. Un certain nombre d'actions américaines - refus du traité de Kyoto contre le réchauffement de la planète ; rejet, dans un premier temps, de l'aide de l'OTAN en Afghanistan ; refus de souscrire à des accords pour créer une Cour pénale internationale, interdire les mines antipersonnel ou assurer le contrôle des armes chimiques et bactériologiques ; sans compter la politique des "premières frappes" préventives qui pourrait impliquer une attaque de l'Irak - ont convaincu les observateurs étrangers que les Etats-Unis ne ressentent plus le besoin de consulter leurs amis, si tant est qu'ils aient besoin d'amis.

Un grand homme d'affaires, ancien commissaire européen, longtemps considéré comme un des meilleurs amis de l'Amérique, m'a rappelé qu'après laseconde guerre mondiale les Etats-Unis soutenaient la création d'institutions internationales, le respect des procédures, la prééminence du droit. "Maintenant, a-t-il ajouté, vous êtes à nouveau tout-puissants et le monde connaît une nouvelle période de restructuration, mais vous ne parlez plus à personne et semblez tourner le dos à ce que vous avez ardemment défendu pendant un siècle."

Les étrangers sont également frustrés de ne pouvoir modifier la façon de penser des Américains. Comme me l'a confié un ancien ambassadeur européen : "Chez vous, vous avez le merveilleux système des "freins et contrepoids" qui donne la possibilité à tous ceux qui se sentent concernés -par une politique- d'influer sur le cours des choses. Mais, en politique étrangère, ceux d'entre nous, et ils sont nombreux, qui seront profondément affectés -par la politique américaine- n'ont pas la possibilité de se faire entendre, et encore moins d'exercer une quelconque influence."

Cette plainte suggère un remède partiel. Comme me l'a fait observer un ministre mexicain, si tout le monde ne peut pas aimer l'Amérique, cela lui reviendrait très cher d'être universellement détestée. Il a ajouté : "A une époque d'interdépendance mondiale, même une hyperpuissance a besoin d'amis." Les Etats-Unis doivent cesser de faire semblant d'écouter les autres. Quand la Maison Blanche estime nécessaire, comme cela lui arrive parfois, de prendre le contre-pied de l'opinion internationale, elle devrait se donner la peine d'expliquer pourquoi et de proposer des alternatives.

Le Congrès pourrait jouer un rôle important. Il dispose de pouvoirs étendus qui lui permettent de donner son avis sur la politique étrangère. Dans l'exercice de ces pouvoirs, il procède à des débats approfondis. Pourtant, il fait rarement appel à des témoins étrangers. Imaginez un face-à-face, devant une commission parlementaire, du délégué américain au commerce et du commissaire européen au commerce. Ce serait un événement mémorable : le Congrès et le peuple américain seraient mieux informés, et nos amis d'outre-mer se sentiraient certainement moins frustrés en nous exposant publiquement ce qu'ils nous confient aujourd'hui en privé. Plus important, en tendant une oreille attentive, l'Amérique éviterait de gaspiller une précieuse bonne volonté et serait assurée de ne pas se retrouver dans le camp de "l'Amérique contre le reste du monde".

Clyde Prestowitz est le président fondateur de l'Economic Strategy Institute.

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